plume
L'exercice de la prévention : entre paradoxes et illusions ?

Mission impossible ? En tout cas difficile et incertaine.
En premier lieu comment dans la pratique évaluer l'effet réel d'une intervention ?
Etude de cas : l'usage du préservatif chez les jeunes dès le premier rapport sexuel.
Sources : plusieurs enquêtes successives, confiées à des instituts de sondage périodiquement réalisées sur des échantillons représentatifs de la population.
Résultats :
début des années 70 jusqu'en 1987 : moins d'un jeune sur 10 déclare s'être protégé dés sa première relation.
1993 : ils sont environ 75%.
1998 : plus de 87% ...et 95,5% pour les plus jeunes d'entre eux (ceux qui déclarent avoir eu leur premier rapport dés l'âge de 15 ans)
Modes de recueil : des entretiens en face à face en 1993 et des entretiens téléphoniques en 1998
Conclusion : positive.
Il y a de quoi être satisfait des résultats obtenus. Les messages ont été efficacement intégrés et appropriés par le "public cible", les efforts payants : la prévention, ça marche ! Finalement, de la pensée à la parole, de la parole au geste, le chemin n'a pas été aussi long qu'on pouvait le craindre ...

Mais, disait Voltaire,

"Un jour, tout ira bien (...) Ceci est notre espoir.
Aujourd'hui, tout va bien (...) Ceci est notre illusion".

Les choses ne sont pas aussi simples que l'on aimerait le croire?
Ces résultats sont-ils vraiment transparents ? Ne masquent-ils pas d'autres problèmes ?
Depuis deux ou trois ans, les médecins exerçant au sein du dispositif des centres de dépistage -d'accès libre, anonyme et gratuit- sont de plus en plus nombreux à souligner que le motif le plus fréquemment invoqué pour la demande de test chez les jeunes est la rupture du préservatif.
Etayant ces impressions de clinicien, les dernières données statistiques (Observations &Témoignages, dec.98) concernant le contenu des appels de la permanence téléphonique anonyme Sida Info Service - dont plus du quart des appelants a moins de 20 ans - révèlent que le nombre d'évocations d'accidents de préservatif a doublé en un an .

" Le préservatif a éclaté " :
Faut-il mettre en cause une baisse récente de la qualité actuelle du latex (pourtant labellisé NF et/ou Europe)? Invoquer la maladresse de ces jeunes gens brusquement inexpérimentés face à cet outil de la sécurité sexuelle la plus élémentaire ? N'en comprennent-ils plus le mode d'emploi ? Dans leur précipitation, les jeunes filles le griffent-elles de leurs ongles longs, leurs bagues le déchirent-elles ?
Mais que se passe-t-il donc?
Peut-être est-il aujourd'hui devenu politiquement - sexuellement - incorrect, lorsqu'on est jeune, contrairement aux années précédentes, de demander simplement au médecin un dépistage (pourtant jamais refusé), simplement parce qu'on est préoccupé par une relation non protégée.
Est-il plus confortable - et même, croit-on, devenu necessaire - sous le regard de l'autorité publique, ici représentée par le médecin ou même l'écoutant d'une permanence téléphonique anonyme, d'invoquer une rupture accidentelle du preservatif pourtant correctement utilisé ? Sous peine d'être pris "en faute" pour avoir manqué au "devoir de prévention"? " Si vous avez oublié d'utiliser le préservatif, consultez sans tarder ! "
Soucieux d'évacuer tout interdit et de rompre définitivement avec le discours de l'injonction, tel est précisément le message que nous adressons aujourd'hui aux jeunes.

" Comment peut-on oublier d'utiliser le préservatif ? "
A notre propre insu, nous sommes peut-être toujours tributaires de la "dictature du préservatif", contre laquelle, dés 1994, nous mettait pourtant en garde Peter PIOT, l'actuel coordinateur du programme ONUSIDA.. Initialement indispensable, l'affichage du préservatif - devenu constant, obligé - dans le cadre de campagnes de communication, répétées et insistantes, indirectement ou non injonctives, a sans doute fini par susciter de manière inattendue, peut-être par un phénomène de saturation, au moins chez une part du public visé, une certaine résistance, voire des effets contre-productifs… … pourtant dès 94, AREMEDIA diffusait " une mère et sa fille ", une photo offerte par Robert Doisneau - suggérant indirectement la nécessité de se protéger - dont le succès (encore actuel) auprès du grand public est sans doute lié à l'absence intentionnelle de l'image du préservatif.

"Sida, ras le bol"
" Pilule et capote, c'est trop "

Ce slogan sauvage n'est-il pas justement un contre message critique lancé actuellement par certains jeunes aux producteurs et diffuseurs des messages de prévention, messages peut-être perçus comme de constants rappels à l'ordre sexuel. Doit-on par exemple continuer de s'interdire de promouvoir l'usage du préservatif auprès des jeunes à travers un message à caractère réaliste tel que : " Avec le préservatif, c'est presque pareil" ? Doit-on nécessairement chercher à communiquer le contraire pour préserver les acquis de la prévention ou même lui faire gagner du terrain ?

L'aide à l'adoption de stratégies personnalisées de protection, en fonction de la situation particulière de chacun (le counseling), l'évaluation de ses propres risques éventuels, l'aide à la décision : tel est cependant l'objectif que se fixent aujourd'hui, au cours de leurs actions de proximité, la plupart des intervenants en éducation à la santé.

Prévention par la communication de masse, ou au contraire à travers les actions de proximité, voire les interventions ciblées et personnalisées : tels sont les différents choix de registre, les niveaux hétérogènes de diffusion des messages, probablement, solidaires des effets obtenus.

Le cas de l'usage du préservatif illustre de façon exemplaire les paradoxes actuels de la prévention, de ses diverses logiques d'intervention, des modalités de son évaluation... et parfois de ses malentendus. Une communication, plus proche de la vie quotidienne, plus réaliste -des messages qui " sonnent vrais "-(pré/post)évalués - expertisés - parfois forgés par les jeunes eux-mêmes pourrait sans doute favoriser leur adhésion et, le cas échéant, l'adaptation de leurs attitudes, pratiques et comportements face aux risques et à la prévention..

Experts plutôt que cibles

Dés sa création fin 1993, l'Association AREMEDIA, dans le cadre du projet pilote " Prévention à la Carte " orientée vers la prévention globale des conduites à risques, se donnait pour objectif de mettre à disposition des jeunes - et des divers acteurs de prévention - des outils et un mode d'intervention inédits motivant l'implication et la participation active du public.

Mettre en scène le jeune en tant qu'expert - et acteur - de sa propre prévention contribue à favoriser son appropriation des messages et des outils que d'autres jeunes (les " pairs "/relais de l'action) le chargent d'évaluer (expertiser). Ces pairs l'invitent à partager, adapter et finaliser ensemble un projet inédit de Recherche/Action. Ce qui valorise son estime de soi et ses compétences psycho-sociales.

Entretien en face à face, téléphone ou ordinateur ?

En 1997, Kobak et son équipe, s'appuyant sur une méthodologie rigoureuse, ont évalué de façon comparative ces divers modes de recueil de données . Ils confirment la bien meilleure fiabilité d'un entretien par auto-questionnaire informatisé vis-à-vis de l'entretien classique en face à face ou par téléphone : un problème avec l'alcool est rapporté par deux fois plus de personnes devant l'ordinateur plutôt que dans le cadre d'entretien de face à face ou téléphonique ; on note également des scores très supérieurs pour des problématiques intimes telles que les comportements sexuels à risque ou encore les idées suicidaires.
Kobak K. et al. A computer-administered interview to identify mental disorders, JAMA, 1997; 278 (11) : 905-910.

Un médiateur neutre d'accès anonyme et confidentiel

A la fois outil d'investigation et instrument de prévention ciblée, " Prévention à la Carte " s'inscrit très précisément dans cette perspective. Une logique d'intervention spécifique par les " pairs " socialise un outil informatique interactif, médiateur neutre. D'accès individuel, anonyme et confidentiel, cet outil se consulte derrière un paravent ou dans un isoloir de vote et délivre des messages personnalisés, étroitement ciblés en fonction de la situation du consultant.

A travers le partage des connaissances et l'aide à la décision, dans le cadre d'une véritable logique de counseling, cette interactivité neutre structure une demande ou motive une démarche éventuelle. Avec, le cas échéant, une orientation vers une base d'adresses de proximité (CDAG, Dispensaires anti-vénériens, Centre de planning familial, etc.) intégrée au dispositif.

Loin d'isoler la personne dans sa problématique de risque éventuel - car spontanément difficile à exprimer dans un premier temps en face-à-face -, cet outil-relai crée au contraire du lien social, favorisant en outre l'exercice de l'autonomie individuelle.

... balayant le large spectre des conduites à risques

Centrée sur la notion-clé de risque (à évaluer et à gérer par la personne),"PRÉVENTION À LA CARTE " aborde selon le parcours, le style de vie et la situation de risque éventuel du consultant une large diversité de registres de la vie quotidienne ou de l'extrême.

A travers le jeux de questions arborescentes, l'utilisateur est indirectement sensibilisé à la solidarité de ses prises de risques, par un effet de miroir… invitant à la réflexion.

…et un outil d'investigation

L'enquête statistique anonyme couplée recueille d'autre part des données d'intérêt épidémiologique concernant les perceptions, attitudes, comportements et pratiques contrastées du public. Ces données s'avèrent être très utiles pour piloter des actions de prévention dans un site donné.

Plaisir du risque, risque zéro, décision personnelle

Complémentaire de " Prévention à la Carte ", un outil graphique, couplé à un auto-questionnaire anonyme d'évaluation et de recueil de données, a été réalisé par un jeune. Il met en scène une prise de risque spectaculairement protégée : le saut en parapente.

Loin d'évacuer la notion de plaisir, nous avons cherché au contraire à interroger les jeunes notamment sur le plaisir ( plaisir en soi, plaisir du risque) et, solidairement, sur la notion de risque zéro, même à condition de se protéger, et enfin celle de choix/décision personnelle.

Les résultats intermédiaires de cette enquête ont été présentés lors de la dernière Conférence Internationale sur le Sida à Genève. Ces données, recueillies en 1996/1997 au CIDJ à Paris auprès d'un échantillon de plus de 700 jeunes , représentatif de la clientèle de ce site, mettent en relief des résultats inattendus, susceptibles d'interroger, au moins en partie, la logique sous-tendant les stratégies actuelles de communication sur la prévention en direction des jeunes.

Dès maintenant, procurez-vous ces outils d'intervention :

L'affiche outil
AREMEDIA met à votre disposition sur ce site les éléments qui vous permettront de mettre en œuvre, vous-même, cette recherche-action auprès de votre propre public. Si vous le souhaitez, nous étudierons vos résultats et les comparerons avec les nôtres.

L'outil interactif "Prévention à la Carte"
Actuellement mis en réseau dans plusieurs sites dits de proximité (CIDJ, Foyers de Jeunes Travailleurs, Lycées, Mission locales, etc.) accueillant des jeunes de mêmes classes d'âge (15/25 ans), de trajectoires diverses, exposés ou s'exposant à des (prises) de risque hétérogènes, cet outil inédit de Recherche/Action est susceptible d'intéresser les décideurs des collectivités territoriales (Municipalités, Conseils Généraux et Régionaux).
Vous trouverez un formulaire qui vous permettra de nous solliciter pour une intervention sur votre site.

Les formations d'AREMEDIA
Enfin, bientôt seront disponibles les programmes de formation professionnelle délivrés par AREMEDIA.





 
EN SAVOIR PLUS